vendredi 8 février 2013

Baudelaire - Modiano

Lisez et trouvez deux points communs entre le Paris de Modiano et celui de Baudelaire

Patrick Modiano: "Mon Paris n'est pas un Paris de nostalgie mais un Paris rêvé"
Est-ce la raison pour laquelle vous avez convoqué dans ce roman [L’Horizon] l'idée des "corridors du temps", empruntée à la science-fiction ?



P.M. Oui, cette idée m'est venue un jour que je me promenais dans un quartier neuf de Paris. J'ai eu une impression qui me semblait relever d'un livre ou d'un film de science-fiction : dans ce quartier de tours où je ne reconnaissais plus les anciennes rues, j'ai eu le sentiment que, peut-être, il y avait une sorte de vie parallèle où les gens étaient restés les mêmes qu'alors. Comme s'il y avait, en effet, des corridors du temps où les gens restaient exactement tels qu'ils étaient lorsque vous les aviez vus quarante ans plus tôt. Je me souviens d'avoir lu une anthologie de science-fiction qui réunissait des textes étonnants sur le temps. Ça m'avait fasciné. Je suis incapable d'écrire un roman de science-fiction mais tout ce qui concerne cet univers m'a toujours intéressé. L'idée qu'il puisse y avoir des poches dans Paris où les gens que vous avez connus quand vous étiez très jeune, en 1967, par exemple, continuent à vivre exactement comme ils le faisaient alors, cette idée folle d'un temps qui n'évolue pas me fascine. Quelquefois, on rencontre des gens qui continuent de vivre dans une sorte de jeunesse pétrifiée - c'est de plus en plus difficile à mon âge car beaucoup sont morts. Je me souviens avoir revu, du côté du boulevard Saint-Michel, quelqu'un qui, à 75 ans, continuait à ressembler à un étudiant ! Je m'étais dit que cette sorte d'arrêt du temps, cette sorte d'anachronisme était proprement fabuleux. C'était presque de la science- fiction : cet homme était comme en 1967 mais avec quarante ans de plus et ne paraissait pas avoir vieilli... Cette rencontre est sans doute l'un des points de départ inconscients de L'horizon

[...]



Vous comparez la forme et l'évolution d'une ville à l'évolution d'une vie : "Mais cette ville a mon âge. Moi aussi, j'ai essayé de construire, au cours de ces dizaines d'années, des avenues à angle droit, des façades bien rectilignes, des poteaux indicateurs pour cacher le marécage et le désordre originels, les mauvais parents, les erreurs de jeunesse. Et malgré cela, de temps en temps, je tombe sur un terrain vague qui me fait brusquement ressentir l'absence de quelqu'un, ou sur une rangée de vieux immeubles dont les façades portent les blessures de la guerre, comme un remords." Jusqu'où ce parallèle est-il valable ?

P.M. J'ai toujours écrit sur Paris. Ce passage-là s'applique à Berlin. Cette ville est à l'image même de ce qui a pu se produire pour des gens de ma génération : c'était une ville en ruine en 1945, reconstruite, divisée, politiquement instable. En reconstruisant, ils ont essayé de bâtir des allées rectilignes sur des marécages, tout a été bétonné mais en laissant ici ou là quelques terrains vagues... Cette ville me fascine parce qu'elle a mon âge, en quelque sorte. Paris me rappelle mon adolescence, certains quartiers ont été détruits, mais Paris n'a pas mon âge, loin de là. Berlin, si. Enfin, c'est l'impression que j'ai et qui est très troublante. J'ai toujours eu l'impression d'être né à cause du chaos de la Deuxième Guerre mondiale. Et j'ai toujours eu l'impression qu'écrire consistait à tenter de mettre de l'ordre dans le chaos. Alors, oui, Berlin reconstruite à partir de ruines avec ces lignes droites par-dessus des marécages me parle énormément. 

Quand vous avez l'impression d'être né dans des conditions bizarres, ce qui est mon cas, vous avez tendance à essayer de trouver des points de repère. Ces allées de Berlin-Est, rectilignes, pour oublier le passé, c'est la même chose, me semble-t-il. Longtemps j'ai cru que faire de la littérature avec ces choses chaotiques était un handicap et j'enviais ceux qui pouvaient écrire sur la nature, la campagne, comme les grands romanciers anglais du XIXe siècle. Moi, je suis prisonnier des hasards du lieu et de l'époque où je suis né, ce qui a fait de moi un écrivain urbain, un écrivain des villes, qui regarde les allées rectilignes et recherche les terrains vagues.  
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